Alors un jour de fin
juillet, nous voilà à Berlin. Ach Beurline, son mur, ses trains. Ca m'a filé
une de ces patates.
Paraît que Berlin a été
beaucoup détruit. Je vais pas remettre en cause ce point d'histoire, mais de
deux choses l'une : soit ça a été mal détruit, soit ça a été mal reconstruit.
Ce qui est sûr, c'est que Papa Schultz a pas veillé au grain. Chez moi on
appellerait ça du travail d'arabe.
Donc, Berlin c'est pas très beau. Et ça, ça te saute direct aux yeux. On aurait pu se le tenir pour dit, s'asseoir et boire des binouzes en attendant que le week-end passe, mais non, tu penses ! En bons touristes de base, on a voulu flâner. Mais Berlin, c'est grand. Très grand. Alors on a marché. Très marché. Sous une pluie battante. C'est bizarre, mais dans une ville moche, la pluie de juillet elle mouille vachement plus. On a cherché un endroit joli. Mais endroit joli et Berlin sont trois mots qui vont très mal ensemble. Adorable, qu'il disait.
A Berlin, y'a des currywurst à tous les coins de rues. Y'a plein de coins de rue à Berlin. Les currywurst ? C'est simple, c'est aussi bon que ça en a l'air.
A tous les autres coins de rue, y'a des bretzels. Le bretzel est beaucoup plus traître que le currywurst. Parce que le bretzel ça A l'air bon.
Pas étonnant qu'il y ait
des tas de resto italiens, même les natural born allemands, à la longue, ils
s'en lassent du pain élastique et de la saucisse grasse au gras.
Alors on s'est dit on a qu'à se taper le mur, ça va nous remonter le moral. Nous voilà donc partis youkaïdi pour une des portions de mur toujours debout que, manière de transcender la honte, Berlin a offerte à des artistes-peintres-en-bâtiment pour qu'ils s'expriment. Et là, comment dire ? Tu vois le syndrome de Stendhal ? Bah là ce serait en gros le syndrome de Marc Levy. Je t'explique : 1,3 km de mièvrerie allégorique sur la guerre ça fait des morts, c'est pas gentil d'être méchant, les murs ça sépare les gens, aimons-nous les uns les autres et roulons-nous des grosses pelles. Tout ce pacifisme, moi ça me donne envie de buter mon prochain comme moi-même et de faire bouffer son rameau d'olivier à la colombe.
De rage, on est parti boire une bière dans une guinguette au bord de l'eau. Sous la pluie. En se disant, allez, plus que deux jours. Adorable, qu'il disait.
Et là je me suis dit que
c'était le moment d'avoir une discussion d'homme à homme avec mon pote.
- Dis donc, c'est quoi cette histoire comme quoi Berlin serait une destination adorable ?
- Qui a dit ça ?
- Ben toi, justement, attends j'ai ton mail là quelque part, je vais le retrouver
- M'étonnerait
- Mais si, tiens le voilà, regarde, c'est pas mes yeux hein
- Euh Véro, si, je crois que c'est tes yeux, c'est a-bor-da-ble que j'ai écrit, pas
adorable.
Ah bah oui, nettement moins rive gauche, comme
formulation.